Tranche de vie Japonaise : Luca, Rocco et un monde resté de l’autre côté du temps…
Luca, mon ami d’enfance, arrive au Japon aujourd’hui et vient passer une semaine de vacances. De mon côté, j’ai pris quelques jours de repos bien mérités. Je retrouve Luca dans la matinée à la station Uéno, terminus de la ligne Keisei qui conduit à l’aéroport international de Narita. Luca a fait bon voyage. Nous sommes très heureux de nous revoir. Nous ne nous étions pas revus depuis quatre ans. Midi se faisant, nous allons de ce pas prendre une collation dans un restaurant proche de la station.
Luca m’annonce qu’il souhaite avant tout voir les aspects modernes du Japon. Il désire surtout visiter les sanctuaires de l’électronique et les temples de la dernière technologie japonaise. Après avoir déposé ses affaires à la maison, Luca et moi partons pour Akihabara, la ville de l’électronique à Tokyo. Avant de nous rendre dans ce quartier, nous faisons un détour par le parc de Yoyogi pour manger un sandwich sous les cerisiers bientôt en fleur. Nous prenons quelques victuailles au Seven-Eleven[1] du coin.
Une fois installés sous un arbre, je fais machinalement quelques boulettes avec le pain de mie de mon sandwich et je les jette aux trois oisillons devant moi. Ils semblent apprécier et se précipitent sur chaque nouveau morceau.
Soudainement j’entends sur ma droite :
« Kawaaaiiiiiii[2] !
- Umm ?…
- Kawaaaaiiiiiiiiii !
- Oui, ces oiseaux sont “kawaï” mademoiselle… », dis-je en japonais.
« Non ce n’est pas les oiseaux. C’est vous qui êtes “kawaï”… Vous venez de quel pays ?
- Hé bien, devinez ?
- Vous n’êtes pas Américains. Je pense que vous êtes Européens.
- Bien ! Et de quel pays ?
- Attendez… Angleterre ?
- Hé bien non ! Raté ! Nous sommes Français.
- Mais c’est super ! Vous êtes au Japon pour longtemps ?
- Oui, plusieurs années.
- Génial ! Vous faites quoi ici ? »
Luca coupe brusquement la conversation et prend l’accent italien.
« Maaa, notré patron Rocco, di Milano, nous a envoyés ici pour sentir la modé iaponaisé. Nous sommés designers de modé. Tou comprends pétité ?
- Non.
- Maaa siii, c’est simplé. Ié t’expliqué. Notré patron, Rocco di Milano, est très connou dans touté l’Italie. Il a bésoin pour la nouvellé saison d’une inspirazionné différenté. Il pense qu’il trouvera la réponsé à sa problème à Tokyo. Alours, il nous envoie ici pour lui raméner des modèles dé vêtéments. Tou comprends mainténant pétité ?
- Kaawaaiiiiiii ! Quel est votre numéro de téléphone mobile ? Je vous donne le mien. »
Je reprends la parole.
« 090.XXXX.XXXX.
- Voici le mien : 080.XXXX.XXXX. Je vous appelle ce soir. Là je dois y aller.
- Ok, bonne journée mademoiselle ».
La charmante demoiselle semble pressée et part d’un pas rapide.
« Alors comme ça, on est deux designers envoyés par Rocco di Milano ? C’est quoi cette histoire, Luca ?
- Ben ouais, c’est sorti comme ça ! J’ai pensé que ça faisait bien de dire ça, non ?
- En tout cas, on vient de se faire draguer en beauté. C’est hallucinant quand même ? On n’aurait pas ça en Europe.
- Ben ouais. Mais c’est sympa, surtout qu’elle est plutôt jolie.
- Au fait Luca, pourquoi tu as choisi un nom comme Rocco ?
- Ben… il fallait trouver un nom italien rapidement. Rocco m’est venu comme ça… Sans doute à cause du célèbre acteur italien de films pornos…
- Tu me fais marrer, toi ! Quoi qu’il en soit, je suis rassuré ; tu as toujours le sens de l’humour aussi développé !
- Maaa siiii ! »[3], dit-il avec un large sourire.
Je souhaite montrer à Luca la vue sur Tokyo.
Une fois arrivés au pied de la mairie, nous montons au sommet d’une des deux tours gigantesques du bâtiment. Nous sommes à plus de trois cent mètres de hauteur. Luca est impressionné par cette vue semi aérienne de Tokyo. Les habitations, les immeubles et les résidences s’étendent à perte de vue dans toutes les directions. La densité urbaine est impressionnante. Ce paysage hallucinant illustre la formidable puissance économique du Japon. En comparaison, même Paris ressemble à un petit village de campagne.
Au Japon, le soleil se couche plus tôt qu’en Europe. Le soleil entame sa chute progressive et les couleurs du ciel tournent sur l’orangé violacé. Au loin, vers l’ouest, devant le soleil couchant, nous apercevons des montagnes en ombre chinoise. Tokyo semble s’étendre jusqu’au pied de ces monts.
A cet instant, mon sentiment est très curieux. Les douces couleurs chatoyantes du ciel japonais atténuent vraiment la rude image urbaine de Tokyo. Le souvenir de mon grand-père souriant me revient alors soudainement. Sa gentillesse et son amour continuent toujours de m’envelopper chaleureusement à l’instar de ce ciel japonais. Nous habitions quasiment l’un en face de l’autre. Il m’appelait au téléphone vers onze heures et m’invitait à déjeuner par surprise. J’ai l’impression que tout cela date d’hier alors qu’une bonne vingtaine d’années se sont d’ores et déjà écoulées… La vie est ainsi faite : de grands moments de bonheur accompagnés d’inoubliables chagrins.
Les ambiances, les atmosphères, les gestuelles, les sons, les voix, les images, les parfums, les impressions sont des trésors émotionnels très précieux qui restent gravés au fond de chacun et qui parfois nous rappellent soudainement, avec une douce tristesse nostalgique, un monde resté de l’autre côté du temps.
Auteur : Naps
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[1] Seven-Eleven : Il s’agit d’une chaîne de supérettes ouverte 24h sur 24, 7 jours sur 7. Au Japon, on compte environ 10 000 magasins sous licence 7/11.
[2] Kawaï : mot japonais pour dire, mignon, attendrissant.
[3] ma si : vient de l’italien et peut se traduire dans ce cas par “hé oui”.
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xD ,il est extra ton pote ! =)
qu’elle fut la réaction de la miss quand elle a su que vous étiez pas du monde de la mode ? =)
Tou vois… Elle né la yamé sou ! ;-)
Ha ha !
xD c’est du jolie sa ! =)
… c’est sympa quand-même … donner sont numéros a des personne que tu ne connait pas du tout >< .
En Asie quand une jolie fille demande ton numéro…tu le donne de suite faut pas réfléchir… ;)
Ma siii bello ragazzo!
« On n’aurait pas ça en Europe » ça c’est clair à tel point que de l’eau de source c’est rien à coté… :(
+ 1 Lock mdr.
Tu as fait quoi avec la fille maintenant Naps ? =o
8 ans déjà…..(soupir) mais quel bon souvenir ce séjour. Bises mon Napsou.
Oerades> oui c vrai mais avec le temps, on comprend « l’arnaque » et quand une nana se veut très entreprenante, tu apprends à faire attention. Au début on ne comprend pas et on est sur un petit nuage mais on déchante assez vite…
Kiguchi> la fille a effectivement bien appelée le soir mais je n’ai pas donné suite.
Luca> putain 8 ans déjà… Ca passe… Mais que de bons souvenirs ce séjour !
Oui, quand j’y repense je ne peux m’empêcher d’évoquer la phrase en moi même : » dans mon coeur, ce séjour fait parti d’un des monde resté de l’autre côté du temps… »
Kawaiii :p olalal ca doit etre le pied de se faire draguer ainsi entrain de manger a la hs XD belle histoire comme toujours, mais qu’un seul dessin dommage :p